Article VDN Jérémy Jouniaux
« Je n’ai jamais renoncé, alors que les autres me conseillaient de trouver un métier normal ! »
Jérémy Jouniaux est le pianiste en titre de Lara Fabian. Ce jeune jeumontois revient sur sa carrière nationale et internationale.
« Je pense qu’a 130 ans je serai un excellent musicien » voici le credo de ce pianiste. A 33 ans, Jérémy Jouniaux est déjà monté sur les scènes les plus mythiques de France et de Navarre. L’Olympia,
le Stade de France, le Cirque Royal de Bruxelles… « Quand j’étais petit, je pouvais deviner le nom des notes à la première écoute ; ma professeur de piano m’a dit que j’avais l’oreille absolue. C’est un avantage, ça aide à avancer plus vite mais ça n’empêche pas qu’il faille fournir un travail titanesque pour acquérir les connaissances théoriques et techniques. C’est la quête du Graal, on n’a jamais fini d’apprendre.Une oreille absolue
Ce virtuose du piano entre à l’école de musique de Jeumont dès l’âge de 5 ans. A 13 ans, il part au conservatoire de Douai en piano classique. « Mes parents se sont saignés pour me payer le conservatoire. Ma mère m’a suivi longtemps, elle venait au solfège avec moi les 2 premières années». Plus tard, il découvre la musique jazz qui devient une grande passion. « C’est une autre approche de la musique, l’école du swing et de la liberté, du fait que le jazz laisse une grande place à l’improvisation» Puis, il se baigne dans la pop, la variété et le rock. Cependant, c’est l’amour pour le jazz qui le conduit au CMA (Centre des Musiques Actuelles) de Valenciennes. Il y entre pour suivre un stage de professionnalisation aux métiers de la musique. Lors de cette formation, il rencontre Dominique Mabille (bassiste) et Gérard Cordier (guitariste). Les jeunes compères forment le groupe Harya. « Harya c’était de tout : variétés, jazz, rock, soul, beaucoup de reprises re-arrangées à notre sauce. On a tourné partout, on jouait cinq fois par semaine. On jouait dans toute la France, parfois même à l’étranger. Le café-concert nous a appris le contact avec le public, à varier les styles musicaux, et aussi l’endurance, nous jouions parfois pendant 8 heures ! ». En 1992, il collabore avec la chanteuse Patsy qui vit et travaille à l’époque avec Jean Félix Lalanne. Au côté du couple, Jérémy endosse les rôles de pianiste, claviériste et choriste pour la promotion de l’album Désillusion. Il fait ses premières télévisions et radios.
Dans la foulée, Patsy, d’origine malgache, lui fait découvrir la musique envoûtante de Madagascar et ses rythmes compliqués. Passionné par ce nouvel univers musical, il composera par la suite plusieurs chansons mélangeant la musique malgache traditionnelle aux sons de la musique occidentale.
Par la suite, il travaillera aussi aux côtés d’Andy Kirk. Pour le chanteur anglais, il se met au clavier et effectue les arrangements pour la scène.
« J’ai ramené ma femme dans ma valise »
En 1995, Jérémy Jouniaux quitte l’Europe et s’envole pour le Japon. Il trouve une place de pianiste dans un hôtel. Son emploi l’amène à l’écriture de spectacles tels que des comédies musicales et autres pièces chorégraphiées. Lors de son séjour au pays du soleil levant, il rencontre Claude Ciari, ex-guitariste de Claude François entre autres, et producteur. Cette star au Japon lui propose une place d’arrangeur à Osaka dans sa société mais des raisons familiales mettent un point final à cette belle aventure après deux ans. Il retourne en France avec Yuko, sa dulcinée rencontrée au Japon.
Sur les conseils de sa femme, Jérémy reprend ses études au conservatoire de Lille. En parallèle, il collabore avec Christian Vié, un auteur avec le vent en poupe qui loue ses services aux grands de la chanson française comme Hélène Ségara ( Y’ a trop de gens qui t’aiment) ou Patricia Kaas. Ce rapprochement artistique permet de lancer les carrières solos de Sonia Lacen et de Sébastien Lorca. Après deux ans d’études à Lille, il rejoint la très prestigieuse Bill Evans Piano Academy de Paris créée et dirigée par Bernard Maury, ami intime du fameux Bill Evans, génie du piano. En même temps et grâce à son ami Jean Félix Lalanne, il accompagne Maurane lors d’un passage télévisuel pour l’association Laurette Fugain. Chante la vie chante est ainsi interprété en toute intimité avec un piano et la voix envoûtante de Maurane.
Un tournant décisif
Quelques mois plus tard, il est appelé en remplacement par Lara Fabian pour un passage à la télévision belge. Il interprète pour la première fois le mythique « Je t’aime ». La chanteuse tombe littéralement sous le charme de la musique de Jérémy « Le courant est passé immédiatement entre nous, puis elle m’a rappelé pour l’accompagner pour une série de concerts et d’évènements ». Après ce coup de maître, tout s’enchaîne très vite : concerts, promotions, tournée mondiale, Russie, Liban, Portugal, Tahiti et tout récemment Florence en Italie. « La scène, c’est vibrant, le contact avec le public, le pouvoir de transmettre des émotions, accompagner une voix comme celle de Lara est un enchantement». De ce duo artistique naît une véritable entente musicale « On se respecte beaucoup. C’est une personne qui m’a séduit dès la première répétition. Je suis devenu fan de sa voix, elle peut y faire passer toutes les émotions. Elle a des capacités vocales époustouflantes, et possède une grande intelligence musicale. C’est une musicienne, j’ai été bluffé. Sur le plan humain, on s’entend super bien. C’est quelqu’un qui par rapport à son statut reste simple, très accessible et dotée d'un humour dévastateur! En privé bien sûr. Chez elle, elle fait à manger, elle débarrasse et fait la vaisselle. De plus elle le fait tous les jours, donc ce n’est pas pour faire genre» Mais le boulot c’est le boulot, elle est exigeante dans le travail. On ne mélange pas tout. »
Et maintenant…
Après avoir joué dans les plus belles salles de spectacles, avec de grands noms de la chanson (Serge Lama, Yves Duteil, Diane Tell, Maurane, Liane Foly), Jérémy garde les pieds sur terre ainsi que toute sa simplicité qui fait de son don une œuvre d’art. « Je continue, on verra. Je veux juste pouvoir faire de la musique sans me demander sans cesse comment je vais payer mon loyer, avoir mon petit home-studio, faire de la musique sur de l’image, composer des chansons, faire quelques concerts avec mes amis… On ne fait pas de la musique dans un but lucratif mais parce qu’on en a envie, qu’on en a besoin. Sans préméditation. Ca se fait naturellement. Et si on a un jour l’opportunité d’en faire son métier, la chance de pouvoir vivre de sa passion, alors là c’est le bonheur total.
« Je me souviens » à Tahiti
Lors de la tournée, ils font escale à Tahiti. « J’ai composé une pièce pour piano, j’ai joué juste un passage à Lara alors que nous répétions dans les locaux d’une petite école de musique à Papeete. Elle est tombée amoureuse de la mélodie, et a trouvé immédiatement une suite. La chanson a vu le jour au milieu du Pacifique! Quelques mois plus tard, on l’a rejouée tous les deux lors d’un anniversaire et peu après, elle m’a envoyé un mail pour me dire qu’elle avait écrit un texte sur cette mélodie et qu’elle ferait partie du prochain album. »
Cette chanson, composée par Lara et Jérémy, met en avant la nostalgie de Lara Fabian à l’égard du Québec où elle a vécu 15 ans. A la sortie de l’album « 9 », la chanson « Je me souviens » a été très appréciée outre-atlantique et sortira peut-être en single prochainement au Québec.
Propos recueuillis par Dorothée BRIMONT, journaliste